- JEF AÉROSOL – 30 ANS DE POCHOIR -
L’avènement de la figure à l’orléanaise
L’histoire d’amour entre la ville d’Orléans et le graffiti est une histoire compliquée. Il y a d’un côté les artistes, les ETOK, DART, ACIDE, PURJ raides dingues des panneaux en béton qui bordent la voie rapide qui ceinture la ville, des murs d’un autre âge, des maisonnettes de voies ferrées, des pilonnes des ponts de la Loire, et surtout des murs de la rue Saint-Flou et de la rue des Africains. Et puis il y la mairie, « l’Agglo », qui doit se dire que c’est un peu emmerdant toute cette peinture, qui ne pige rien aux lettrages, et qui persévére dans l’idée que repeindre les murs de ce coin là avec une nuance de bleu-gris un peu différente va décourager tout le monde.
Et puis un jour de 2010, la ville nous prouve qu’elle est finalement sympa et qu’elle s’ouvre aux arts urbains en proposant « A ciel ouvert », un petit événement regroupant des artistes aussi intéressants que Seen, JonOne, Thomas Vuille, et surtout, Jef Aerosol.
Nous voilà en 2012, et la mairie d’Orléans nous ravit une seconde fois, en permettant à ce dernier d’investir la Collégiale Saint Pierre Le Puellier pour un solo show rock’n roll.
Elle tombe à point nommé cette expo, elle est même presque parfaite. On a tout ce qu’il faut pour que le public soit conquis. Et quel public. L’orléanais n’est pas docile. Parfois frimeur, souvent râleur comme un bon français, mais il aime l’art. Il aime les festivals, les concerts, les enjeux sportifs, et l’art. Et avec un lieu comme la Collégiale, et un artiste comme Jef Aerosol, il peut en être fier de sa ville.
De cet événement, on peut tout d’abord apprécier la scénographie et les mises en scènes qui nous régalent. Disséminées en petit pôles, les pièces viennent raconter quelque chose de différent à chaque fois, nous en dire un peu plus sur l’artiste et sa démarche. D’une scène de concert rock sous le vitrail monumental au mur d’esquisses et de jaquette de 33 tours, on se laisse aisément imprégner par l’univers musicale du personnage. Avec de la musique de l’époque que l’artiste chérit tant qui nous accompagne pendant tout le trajet picturale, on a de cesse d’admirer la perfection des pochoirs. Si dans Very Important Pochoirs ( Editions Alternatives ), Jef Aerosol nous montrait que c’était lui le patron, avec cet accrochage, il nous l’affirme. Toujours plus fins, toujours plus travaillés, toujours plus justes, ses visages de personnes célèbres ou non sont révélateurs de l’âme de l’artiste. Avec les compositions qui mélangent les nuances et les couleurs, on est sous le choc de la prestance des sujets. La petite flèche rouge ne nous quitte plus, et la magnifique palissade de pochoirs nous amène tranquillement vers la reconstitution d’un atelier fictif, comme une justification de l’univers du bonhomme, avec ses guitares, son harmonica et son whisky.
Cerise sur le gâteau, le docu vidéo qui captive les visiteurs, définitivement sous le charme du boss du pochoir.
En résumé, cette exposition qui montre assez exhaustivement l’univers de Jef Aerosol, ses différentes périodes, sa technique et sa démarche est rendue très attractive par l’échange qui se fait avec le lieu exceptionnel. L’équipe curatoriale à objectivement agit de manière intelligente et en phase avec le visiteur. A la sortie, nombreux sont ceux qui s’amusent à chercher les collages qui sont cacher tout autour de l’espace de la Collégiale, preuve que le public est conquis.