PUG LIFE

PUG LIFE

Oh, douce imposture

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Quelle douce sensation, quelle exquise saveur, quel jouissance lorsque ton nom vient caresser mes oreilles. Je t’imagine, je te fantasme, je te guette partout où je passe. Tu fais naître en moi une créativité enfouie et inavouée, je suis en phase avec toi, toujours. Oh toi, l’art urbain, quel plaisir je prends à jeter vulgairement ton nom dans les conversations que je tiens, fier comme un paon, adossé nonchalamment à la chaise de la terrasse du bar même pas en happy hour du Marais. J’ai depuis longtemps déserré ma cravate et ouvert le premier bouton de mon col, et c’est avec audace et dédain que je raille mes coworkers qui n’ont pas vu la dernière expo de telle galerie minable qui présente LA nouvelle génération d’artistes issue de la rue. Je n’hésite même plus, depuis que j’ai lu un article dans le 20 minutes et que j’ai reconnu les photos, à balancer les mots qui font tilt, mais qui t’agace, comme « gros lettrage de bâtard » ou même « iconographie vandale ». J’emploie constamment ton homonyme anglais, street art, une jolie valise dans laquelle je glisse, soigneusement rangée, toute mon ignorance. Mais moi, je m’en fout. Je suis content de voir des graffitis, sauf si c’est sur la façade de mon immeuble. J’aime bien les tags aussi, même si je ne connais pas trop la différence entre les deux. De toute façon je me sens jeune parce que je n’ai pas encore trente ans et je revendique la peinture en bombe comme la façon la plus libre de peindre. D’ailleurs depuis quelques mois je n’utilise même plus le mot peindre, mais bomber. Ca fait plus graffiti et je le sens mieux. Je n’arrive pas à lire ce que les graffeurs écrivent sur les murs mais je peux sentir, contrairement à mes amis qui ne sont pas du tout dans le milieu, la puissance qui se dégage des couleurs et le mouvement plein d’une angoisse sociale contemporaine qui émane de la violence de l’action. J’aime bien aussi les affiches et les pochoirs, je trouve ça drôle. Un jour, j’ai moi même fabriqué un petit pochoir d’une photo de ma copine et moi que j’ai complètement retravaillée sur Paint. Je l’ai bombé sur une toile mais c’était pourrit. Elle est malgré tout accrochée dans mon salon.

Trève de charabia, voilà que je tombe le masque de mon personnage grotesque comme un matador abaisserait fièrement son drap rouge après le dernier râle du taureau. J’abandonne donc ce triste bougre trentenaire qui aime l’art urbain pour parler de cette mode, si excitante soit elle, d’aimer et d’investir les murs. Voilà maintenant quelques années que tout le monde connait Space Invader, que tout le monde à vu le film de Banksy, et que les imposteurs agissent impunément. Quand je dis aimer, c’est aimer l’image. L’avoir en fond d’écran sur son téléphone, acheter les produit dérivés, éventuellement un petit livre, mais pas trop cher alors. Mais quel mal y a-t-il à être néophyte et à aimer les belle images? Aucun. L’art n’est-il pas qu’une succession d’images qui ont traversées le temps? Certainement. Seulement voilà, l’art urbain est un peu plus compliqué que ça. Ce que je me demande c’est pourquoi tout le monde aime ça maintenant? Pourquoi l’art urbain provoque tant de passion, pourquoi maintenant toutes ces personnes, qui ne sont pas artistes, sortent de l’ombre et se mettent à faire des pochoirs dans la rue? Car la rue c’est la base fondamentale de cette pratique. Mais avant tout, replaçons les choses dans leur contexte: nous avons d’une part tout un panel d’artistes, de tous les âges et de tous les pays, qui ont une vraie démarche artistique personnelle, et qui cherchent, qui travaillent, qui questionnent leur environnement.

On peut citer Sten & Lex, ces deux italiens qui ont créé leur technique alliant pochoir et graffiti, mais aussi ThomThom et ses découpes d’affiches à même les panneaux publicitaires qui viennent provoquer des situations urbaines symptomatiques et uniques, ou encore Lek et Sowat, qui avec le Mausolée on franchit un nouveau cap dans la transformation de la pratique du graffiti. Les liens entre ces artistes et l’art contemporain sont de plus en plus étroit, et on assiste à la création d’influences mutuelles entre les deux. A l’image de Rubbish, cet artiste français qui découpe minutieusement d’immenses images symboliques et mystiques pour les offrir à la rue et au regard des passant. Une centaine d’heures de travail pour finalement un don désintéressé. Le travail de ces artistes est évidemment réfléchit et rien n’est laissé au hasard. Chaque image qu’ils créent est inspirée, et intelligemment ancrée dans un contexte artistique et historique bien définit. L’apparente facilité et l’aspect séduisant de ces oeuvres, découpées, peintes, ou collées sur les murs de la ville, ont engendré toute une série de suiveurs de moyenne qualité qui bafouent et souillent la sensibilité de leur maîtres à tous. L’art n’est pas une compétition et il est difficile de dire que tel artiste est moins bon que tel autre sans utiliser des arguments purement arbitraires et subjectifs.

Néanmoins, il est nécessaire d’être arbitraire et subjectif pour dépeindre cette création d’imposteur. De tous les artistes qui sont montés très vite en popularité, notamment grâce aux réseaux sociaux, et qui ont une production importante, Diamant (ou Le Diamantaire, il semblerait qu’il ne se soit pas décidé sur son pseudonyme) est de loin le champion. Celui qui découpe des miroirs trouvés dans la rue en forme de diamant, pour ensuite les peindre et les coller dans la rue manque clairement de recul sur ce qu’il fait, et sur les images qu’il produit. Comment ne pas penser à Space Invader lorsqu’on voit des diamants collés sur un mur, tous quasiment identiques, et qui sont ensuite soigneusement numéroté et affiché sur internet de façon à établir une sorte d’énorme collection? Diamant à tout de Space Invader, sauf la subtilité. Lorsqu’il numérote et qu’il indique chaque pièces sur sa fanpage, il enlève tout le plaisir de les découvrir par soi même au gré d’une balade. Les quelques galeries qui ont essayé de récupérer le phénomène en l’exposant enlèvent elles aussi tout l’intérêt en dé-contextualisant proprement tout son travail. Récemment, lors d’un événement qui recréait « l’atelier du Diamantaire », tous les clichés et le mauvais goût qui tournent autour de l’art urbain ont été montré., en passant du fauteuil fait en bombes de peinture vides jusqu’à la fresque ratée sur le mur. La difficulté pour Diamant de se détacher de son sujet pour le rendre intelligent se retrouve dans les entretiens qu’il donne à des blogs, en expliquant qu’il ne fait pas du street art, mais de la « street déco », et ça, ça n’a aucun sens. Le côté manufacturé du travail du miroir reste intéressant et pourrait prendre de l’envergure, là où d’autres protagonistes urbains se moquent clairement de la technique. Il est maintenant impossible de passer dans le Marais ou le XIXème et XXème arrondissement de Paris sans voir les collages de Fred Le Chevalier. Ces petits personnages en noir et blanc, bardés de coeurs et de couronnes s’affichent sous diverses formes avec souvent des petites phrases qui les accompagnent. Outre la simplicité graphique et l’absence d’un vrai discours artistique, c’est bien techniquement que le bas blesse. En s’approchant des grands formats on peut observer que ce ne sont pas des pièces originales, mais bel et bien des reproductions numériques. Une mise à l’échelle très approximative imprimée avec une résolution médiocre, qui donne évidemment un rendu pauvre. A cela, on peut voir un découpage bâclé du dessin qui donne un tout vraiment triste. Quitte à vouloir faire des grands formats et à les afficher aux yeux du peuple, pourquoi ne pas montrer son talent et les faire manuellement? Surtout si par la suite on vante la pièce unique. Loin de moi l’idée de critiquer l’initiative, simplement j’essaie de comprendre pourquoi ces deux personnes, parmi tant d’autres, choisissent de s’exposer dans la rue. Et surtout, quel est l’intérêt de tout cela?

Au contraire, d’autres initiatives marquent une profonde compréhension des enjeux urbains. Le graffiti propre de Zevs, ou certaines actions du green street art, exposent les évolutions et la métamorphose de la vie urbaine. L’art devient le moyen de donner une visibilité à ces questions et choisit d’être porteur d’un vrai message. Parmi toutes les personnes qui agissent de près ou de loin avec la rue et le milieu urbain, et qui y trouvent une inspiration, un leitmotiv, ou simplement un moyen d’avoir une bonne promo, il devient de plus en plus difficile de discerner le bon du moins bon et de faire le tri dans la forêt d’images produites. Pour conclure ces quelques lignes je vais amoureusement graver « nik sarkozy » avec un cutter dans ma cage d’escalier, signe fort de ma créativité contestataire, car comme disait Banksy : «Le graffiti n’est pas le parent pauvre de l’art. Certes, il faut se faufiler la nuit et mentir à sa mère, mais à part ça, c’est l’expression artistique la plus honnête qui soit. Il n’est pas élitiste, ni branché, il se donne à voir sur les plus beaux murs qu’une ville ait à offrir, et le prix d’entrée ne rebute personne. »

Jen Salvador

Judith Butler – Vie Précaire, les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001

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  Publié pour la première fois en 2004 dans sa version originale, Vie précaire – les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001, paraît dans sa version française en 2005. Les 185 pages de ce livre forment un recueil de cinq textes qui portent une réflexion autour la perception de la vie des autres et notamment de sa signification dans la société américaine après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Grâce à des notions qui s’articulent autour de ce thème comme la souveraineté et la gouvernalité, ou encore l’antisémitisme, l’auteure va porter l’idée que l’impérialisme américain créé un filtre idéologique permettant de modifier le sens de la vie des personnes étrangères qualifiées de dangereuses pour la survie du pays. Ce point de vue idéologique est porté par les dirigeants politiques capables de décider du sort de ces vies.Cette autorité est mise en perspective tout au long des essais sur la performativité des mots et de l’importance de leur interprétation, notamment dans le rapport à l’Autre. Judith Butler va mettre un point d’honneur à se focaliser sur un certain type de personnes qui subissent une instance hégémonique et qui ne sont pas libres de décider de leur sort, que ce soit politiquement ou physiquement. Ce point de vue pourra être discuté à travers l’analyse de la constance qu’a l’auteure dans sa prise de position et dans ces choix de critique.

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"L’art urbain, du graffiti au street art" - La découverte d’un futur classique

                                                    

Stéphanie Lemoine frappe fort pour la rentrée. En publiant chez Gallimard L’art urbain, du graffiti au street art, l’auteur des très intéressants In Situ et Artivisme chez Alternatives nous propose un livre abordable, court et complet sur l’histoire de l’art urbain.

En allant puiser dans l’histoire, la vraie, l’auteur nous plonge dans la genèse de cet amour pour la rue qui ne lâchera pas plusieurs générations d’artistes. Du tout début des années 60 avec les avant-gardes jusqu’à la création contemporaine, Lemoine fait l’état de ce qui promet d’être le mouvement artistique le plus vivant et alternatif du moment.

Le livre est structuré de manière à guider le lecteur au travers de la culture urbaine, et est très intelligemment ponctué d’images qui offrent une vraie richesse illustrative au texte. Le choix des photos est un facteur essentiel à cet ouvrage puisqu’il permet de créer une continuité chronologique, au fil des mots.

Face à l’ampleur de l’art urbain, Stéphanie Lemoine réussi très justement à cerner les différents enjeux de la rue, et la volonté qui habite ses acteurs. Allant jusqu’à s’aventurer dans l’un des enjeux majeurs qui est son institutionnalisation, le livre permet de façon parfaitement intuitive de comprendre et d’englober ce phénomène artistique. Un des points détaillé et passionnant est toute la partie originelle du graffiti américain, qui sera importée en Europe et digérée par ses artistes. L’auteur fait des ponts intelligents entre les différentes villes et la création du writing, l’impact de la peinture en bombe, et celui des réseaux de taggeurs de métro qui ont engendrés et structurés la façon d’appréhender cette pratique.

Dans le soucis de faire un ouvrage complet, on pourra apprécier le dossier de fin regroupant interviews, témoignages et documents riches permettant de découvrir des personnalités d’artistes ou de professionnels du milieu afin d’avoir une approche concrète et réaliste.

Un livre accessible (13,60€) qui se révèle être un vrai outil pour avoir une vision large de l’art urbain, à travers ses différentes facettes, en passe de devenir un classique.

INVADER - De la mer à l’espace 

via Bassedef.com

Killer Joe – un film venu d’ailleurs


Il arrive parfois qu’un film passe au travers des mailles du filet du cinéma traditionnel, qu’il arrive à se glisser discrètement parmit les chefs-d’oeuvre à l’affiche du moment tel qu’un Transformers 7 ou un Taken 5. Il se peut qu’on ne voit pas beaucoup sa bande annonce, mais qu’il soit diffusé dans des cinémas suffisament nombreux pour que le bouche-à-oreille fonctionne. Avec un peu de chance il restera à l’affiche un certain moment pour que les amoureux des belles histoires puissent en savourer chaque minutes. Ce genre de film, ces OVNIs du cinéma, ces films venu d’ailleurs et que personne n’attend, Killer Joe en fait partie.

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Samuel Martin et la joyeuse désolation

Samuel Martin propose avec « Yes Future » son premier solo show à la toute jeune galerie ALB, depuis le jeudi 6 septembre.

La nouvelle année artistique commence bien dans cette galerie. En attendant le mois off de Paris Photo avec la double exposition de Jean Baptiste Perrot et Maxime Touratier, les dessins au fusain de Samuel Martin nous transportent dans un monde décalé et plein d’ironie.

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- VUE DANS LA RUE -
Shepard Fairey @ le meilleur coin de Paris
via StreetArtParis.com

- VUE DANS LA RUE -

Shepard Fairey @ le meilleur coin de Paris

via StreetArtParis.com

- JEF AÉROSOL – 30 ANS DE POCHOIR -

L’avènement de la figure à l’orléanaise


   L’histoire d’amour entre la ville d’Orléans et le graffiti est une histoire compliquée. Il y a d’un côté les artistes, les ETOK, DART, ACIDE, PURJ raides dingues des panneaux en béton qui bordent la voie rapide qui ceinture la ville, des murs d’un autre âge, des maisonnettes de voies ferrées, des pilonnes des ponts de la Loire, et surtout des murs de la rue Saint-Flou et de la rue des Africains. Et puis il y la mairie, « l’Agglo », qui doit se dire que c’est un peu emmerdant toute cette peinture, qui ne pige rien aux lettrages, et qui persévére dans l’idée que repeindre les murs de ce coin là avec une nuance de bleu-gris un peu différente va décourager tout le monde.

Et puis un jour de 2010, la ville nous prouve qu’elle est finalement sympa et qu’elle s’ouvre aux arts urbains en proposant « A ciel ouvert », un petit événement regroupant des artistes aussi intéressants que Seen, JonOne, Thomas Vuille, et surtout, Jef Aerosol.

Nous voilà en 2012, et la mairie d’Orléans nous ravit une seconde fois, en permettant à ce dernier d’investir la Collégiale Saint Pierre Le Puellier pour un solo show rock’n roll.

   Elle tombe à point nommé cette expo, elle est même presque parfaite. On a tout ce qu’il faut pour que le public soit conquis. Et quel public. L’orléanais n’est pas docile. Parfois frimeur, souvent râleur comme un bon français, mais il aime l’art. Il aime les festivals, les concerts, les enjeux sportifs, et l’art. Et avec un lieu comme la Collégiale, et un artiste comme Jef Aerosol, il peut en être fier de sa ville.

   De cet événement, on peut tout d’abord apprécier la scénographie et les mises en scènes qui nous régalent. Disséminées en petit pôles, les pièces viennent raconter quelque chose de différent à chaque fois, nous en dire un peu plus sur l’artiste et sa démarche. D’une scène de concert rock sous le vitrail monumental au mur d’esquisses et de jaquette de 33 tours, on se laisse aisément imprégner par l’univers musicale du personnage. Avec de la musique de l’époque que l’artiste chérit tant qui nous accompagne pendant tout le trajet picturale, on a de cesse d’admirer la perfection des pochoirs. Si dans Very Important Pochoirs ( Editions Alternatives ), Jef Aerosol nous montrait que c’était lui le patron, avec cet accrochage, il nous l’affirme. Toujours plus fins, toujours plus travaillés, toujours plus justes, ses visages de personnes célèbres ou non sont révélateurs de l’âme de l’artiste. Avec les compositions qui mélangent les nuances et les couleurs, on est sous le choc de la prestance des sujets. La petite flèche rouge ne nous quitte plus, et la magnifique palissade de pochoirs nous amène tranquillement vers la reconstitution d’un atelier fictif, comme une justification de l’univers du bonhomme, avec ses guitares, son harmonica et son whisky.

   Cerise sur le gâteau, le docu vidéo qui captive les visiteurs, définitivement sous le charme du boss du pochoir.

   En résumé, cette exposition qui montre assez exhaustivement l’univers de Jef Aerosol, ses différentes périodes, sa technique et sa démarche est rendue très attractive par l’échange qui se fait avec le lieu exceptionnel. L’équipe curatoriale à objectivement agit de manière intelligente et en phase avec le visiteur. A la sortie, nombreux sont ceux qui s’amusent à chercher les collages qui sont cacher tout autour de l’espace de la Collégiale, preuve que le public est conquis.

- BANKSY IS BACK -

Le maître incontesté du mystère et de la discrétion présente une nouvelle production d’images toujours aussi inspirée. 

Banksy à aussi mis en ligne une image telechargeable en haute définition afin que tout le monde puisse en faire bon usage. C’est par ici que ça se passe, via PicturesOnTheWall

- VUE DANS LA RUE -
Thomas Vuille @ St Lazare

- VUE DANS LA RUE -

Thomas Vuille @ St Lazare